« Ma soeur, cette fée carabossée  » de Clément Moutiez

Clément avait sept ans lorsque ses parents décidèrent d’adopter, et qu’il rencontra pour la première fois sa petite soeur. Domitille, six semaines, trisomique. Elle a aujourd’hui vingt-six ans et a « dynamité » leur existence.

Avec humour et émotion, Clément nous fait partager leur vie de famille faite de grands questionnements et de scènes cocasses. Un récit politiquement incorrect qui respire la tolérance et l’amour fraternel.

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Rien qu’en lisant ce résumé, je savais que ce livre allait me toucher, me faire rire et me questionner. Lecture idéale de 170 pages pour reprendre le chemin de l’école en cette rentrée scolaire !

L’auteur raconte son quotidien avec cette soeur pas comme les autres. Il ne s’agit pas d’un récit chronologique ce qui rend le texte léger et dynamique. C’est un témoignage tendre raconté avec humour que nous livre le frère de Domitille.

Quelques extraits qui illustrent parfaitement le ton donné :

Constatation :

Je n’ai jamais vu autant de trisomiques que depuis que nous avons adopté ma soeur. Se cachaient-ils avant ? N’y prêtais-je pas attention? Il y a une chose qu’il faut savoir : les familles de trisomiques côtoient des familles de trisomiques, au même titre que les wags, les femmes de footballeurs, se côtoient.

Cocasse :

« Tu me passes ton papa?

-Oui, je vais chéché, il picole dans la kave.

-…

Papa, papa, téléphone ! »

Evidemment, un enfant trisomique ne s’exprime pas très bien. Certains phrasés s’approchent de ceux du mec bourré, ce qui peut faire surgir de jolis quiproquos.

Mon père passe beaucoup de temps dans la cave à « bricoler » et pour beaucoup d’interlocuteurs téléphoniques qui ont eu la chance d’avoir ma soeur en ligne, mon père devait se coller de sacrées cuites, en solitaire, dans les tréfonds de la maison.

Questionnement :

Je voudrais te réserver une chambre à la maison. T’intégrer à ma vie, à la vie que j’aurai construite avec ma femme et mes enfants. Mais avant, il faut que j’en parle, pas à mes enfants – ils ne sont pas encore là- mais à ma femme, celle qui j’espère sera toujours là quand la question se posera. Je sens que ça lui fait peur. Qu’elle a du mal à se projeter. Elle préfère parler décor que triso en ce qui concerne l’avenir. Pourtant dès le début, je lui en ai parlé, de ce problème.

Clément Moutiez aborde des thèmes très différents : l’amour et la sexualité, le regard des autres, l’acceptation ou le rejet par les proches, l’avenir professionnel des trisomiques, les institutions, la surprotection de sa mère, les soucis de santé, l’autonomie, la recherche de ses vrais parents…

 Si le style de l’écriture ne m’a pas toujours convaincu, le contenu m’a touchée et a enrichi mon regard sur ce handicap.

« Ma soeur, cette fée carabossée », de Clément Moutiez, Carnets Nord, Editions Montparnasse, 2016. 

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« La renverse » et « Comme les doigts de la main » d’Olivier Adam

Olivier Adam est un auteur que je lis régulièrement depuis quelques années. « Les lisières » m’avait agacée et je n’avais pas lu son livre suivant « Peine perdue ». J’ai craqué pour le dernier « La renverse » et je ne le regrette pas. Dans le même laps de temps, j’ai lu un roman jeunesse du même auteur « Comme les doigts de la main ». Il y a un point commun entre les deux livres : le prénom du personnage principal, Antoine. Les histoires par contre sont complètement différentes, l’écriture aussi.

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Antoine, 25 ans, s’est réfugié en Bretagne où il travaille comme libraire dans le but de recommencer sa vie et de fuir sa famille. Accoudé à un bar, il apprend la disparition accidentelle de Jean-François Laborde, ancien maire et ancien ministre d’une petite commune parisienne, dont la réputation avait été mise à mal dix ans plus tôt par un scandale de viols et d’abus sexuels. La mère d’Antoine, adjointe au maire à cette époque, avait été mêlée à cette sordide affaire.

Sur fond de scandale politique, Olivier Adam décortique avec justesse cette descente aux enfers qu’a vécue Antoine alors âgé de 17 ans. Il analyse très finement les rouages de la société et les rapports entre les différentes couches sociales : le politicien dénué de scrupules, imbu de lui-même, méprisant et usant de son pouvoir, la mère de famille en quête de reconnaissance sociale, délaissée par un mari indifférent, avide de séduction, Célia et Lydie, les deux jeunes femmes abusées, socialement défavorisées et inévitablement victimes…

Comme souvent chez Olivier Adam, le contraste entre cette petite ville de périphérie et le bord de mer en Bretagne est saisissant. Au fil des pages, on voyage dans des paysages iodés, de falaises, de voiliers et d’autres emplis de gaz d’échappement, de pavillons alignés, de maisons bourgeoises.

Très souvent dans de telles affaires, hélas phénomène assez courant de nos jours, on se focalise sur l’auteur et la victime. Ici, Olivier Adam nous permet de comprendre tous les effets collatéraux engendrés, la destruction de la famille, la perte d’identité, la honte et le mépris des enfants…

Roman social, récit de banlieue et de bord de mer, drame familial, autant de thèmes que l’auteur réussit à nous faire vivre sans tomber dans le jugement facile mais plutôt en nous obligeant à réfléchir différemment. Ce que j’aime chez lui c’est cette analyse sociologique romancée des périphéries.

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C’est l’histoire de deux adolescents, Antoine et Chloé, qui se retrouvent dans la même chambre d’hôpital à la veille d’une opération. Ils se « reconnaissent » tout de suite, ils découvrent aussi rapidement qu’ils sont tous deux orphelins de père. Ils n’oublieront pas qu’ils vont vivre la plus belle nuit de leur vie.

Un roman polyphonique où la voix de Chloé alterne avec celle d’Antoine, une histoire facile à lire et destinée à des adolescents. Et un Olivier Adam plus optimiste que l’auteur des romans adultes !

« La renverse » d’Olivier Adam, Flammarion, 2016. 

« Comme les doigts de la main » d’Olivier Adam, L’école des Loisirs, 2005. 

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaître

A la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.

Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien… »

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Ce quatrième de couverture dit l’essentiel sans trop en dévoiler. Je vous conseille vraiment ce livre mais ne lisez pas de critiques avant de l’avoir terminé. Ce serait dommage car les événements arrivent les uns après les autres et chaque détail a son importance. Je n’avais rien lu de Pierre Lemaître et je vais me dépêcher de l’inscrire sur ma liste ! Auteur de romans noirs (dans lesquels il classe le présent roman), de romans policiers, il décroche le Prix Goncourt en 2013 avec un livre d’un autre genre « Au revoir là-haut ».

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Ce roman passionnant m’a tenu en haleine jusqu’à la fin. Intrigue maîtrisée, rebondissements génialement construits, bref, j’ai adoré…  L’écriture est magistrale et la description fine des personnages nous rend ceux-ci très familiers. Impossible de ne pas se remémorer la tempête Lothar de 1999 à la lecture de ce roman !

« Trois jours et une vie » de Pierre Lemaître », Albin Michel, 2016. 

« L’arbre du pays Toraja » de Philippe Claudel

La première question que je me suis posée c’est : « Mais de quoi parle ce livre ? ». Il suffit de lire quelques pages pour comprendre ce titre intrigant. Le peuple Toraja, en Indonésie, entretient un rapport particulier avec la mort à nos yeux d’Occidentaux. Par exemple, dans un village, le narrateur découvre un arbre majestueux qui est réservé aux sépultures des très jeunes enfants. Le petit mort est déposé dans une cavité creusée dans l’arbre et au fil des années, la chair de l’arbre se referme et l’enfant peut commencer le voyage qui le fait monter vers les cieux. S’il nous fait réfléchir sur la place accordée à la mort dans notre société,  ce livre est une ode à l’amitié et à l’amour. Il parle aussi de maladie, de souvenirs…

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C’est suite à la mort d’un ami cher que le narrateur commence à se questionner sur la mort. Mais le propos n’est pas triste, c’est un texte méditatif et lumineux qui permet la réflexion.

De nombreux passages m’ont touchée dans ce livre et j’ai eu de la peine à faire un choix. Il est rare qu’un livre suscite autant de passages dont j’aimerais garder une trace. Celui-ci en fait partie et est assurément un livre à relire.

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« Manderley for ever » de Tatiana de Rosnay

Si vous avez lu d’autres romans de Tatiana de Rosnay, vous savez certainement qu’elle est passionnée par Daphné du Maurier. Une admiration qui se traduit aujourd’hui par un roman consacré à la vie de la romancière anglaise. Bien documenté, ce livre est ponctué de courts chapitres où on se retrouve avec Tatiana de Rosnay arpentant les lieux où vécut Daphné : enfance à Londres, une année en France puis les Cornouailles dont des années lumineuses Menabilly, domaine dont elle a toujours apprécié l’atmosphère.

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Sitôt ce livre refermé, j’ai eu envie de lire quelques romans de Daphné du Maurier, dont Rebecca qui vient d’être réédité dans une nouvelle traduction. J’ai aimé la façon qu’a Tatiana de Rosnay de nous emmener de manière enthousiaste avec elle. J’ai retrouvé dans ce roman l’écriture envoûtante d »Elle s’appelait Sarah » et de « Rose ». Décidément, un écrivain que j’aime bien retrouver dans ma pile de livres !

« Manderley for ever » de Tatiana de Rosnay, Albin Michel et Héloïse d’Ormesson, 2015. 

« En finir avec Eddy Bellegueule » et « Histoire de la violence » d’Edouard Louis

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J’ai entendu Edouard Louis à la Grande Librairie à l’occasion de la sortie de son nouveau roman « Histoire de la violence ». Avant de lire son dernier roman, il m’a paru nécessaire de mieux connaître cet auteur.

 « En finir avec Eddy Bellegueule », son premier roman, a été très remarqué lors de sa sortie. Edouard Louis avait 21 ans quand il a écrit ce livre autobiographique. Il raconte son enfance et son adolescence dans un petit village de Picardie. Sobrement, il décrit l’usine qui fait travailler la majeure partie des habitants, l’alcool qui gangrène les familles, le racisme qui hante les discussions. Habilement, il dresse un portrait sociologique de la classe ouvrière dont il est issu. Progressivement, on devient témoin de violences physiques et verbales répétées à l’encontre du petit Eddy. Enfant sensible, maniéré selon sa famille, Eddy essaie par tous les moyens de ressembler aux siens. Il essaiera même de sortir avec une fille malgré qu’il a su très tôt que son attirance sexuelle était différente. Finalement, il quittera son village pour intégrer un lycée avec une filière en art dramatique à Amiens.

J’ai trouvé que Edouard Louis a su avec finesse nous faire plonger dans l’univers qui a été le sien durant toute sa jeunesse : un milieu rude, sans émotion et dénué de sensibilité. La lecture devient difficile par moments car on ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour ce garçon. Je me pose toutefois quelques questions :  Ecrirait-il le même roman à 30 ou 40 ans ? Je pense que le titre me donne une réponse; il fallait vraiment en avoir fini avec Eddy Bellegueule, pour pouvoir commencer à être celui qu’il a toujours été. Par contre, je serai curieuse de découvrir l’analyse sociologique qu’il portera plus tard sur la classe sociale qui est tant idéalisée dans ce premier roman.

« En finir avec Eddy Bellegueule » d’Edouard Louis, Seuil, 2014. 

Deuxième coup de poing d’Edouard Louis à la lecture de son second roman. Un livre qui ne laisse pas de marbre et dont on ne ressort pas indemne. Ayant lu le premier il a peu de temps seulement, j’en reste simplement sans voix.Unknown

L’auteur nous raconte une fin de nuit de Noël qui aurait pu très mal se terminer. Un jeune homme, Reda, l’accoste dans la rue. Après quelques échanges,  il lui propose de venir chez lui. Ils passent la nuit ensemble, rigolent, discutent. Reda lui raconte son histoire et l’arrivée de son père en France depuis l’Algérie. Plus tard, les choses changent dramatiquement. Reda essaie de l’étrangler. Il le viole, il l’insulte. Il sort également un revolver. Reda quitte finalement le studio. Se sentant sali, le narrateur lave tout l’appartement, prend une longue douche, frotte, lave tout ce que Reda a touché. Il sort pour aller laver les draps. Sur conseil de ses amis, il décide de porter plainte et subit interrogatoires et visites médicales.

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Bilan de lecture 2015

Je vous souhaite à tous une bonne année 2016, ponctuée de lectures fascinantes, de découvertes magiques et de bonheur partagé !

Comme chaque année, je fais un petit bilan des livres lus tout au long de l’année. Une bonne soixantaine de romans ont fait mon bonheur en 2015. Je dois admettre que je lis quand même moins depuis que mes enfants occupent bien mon temps libre… Par contre, je ne compte pas le nombre d’albums jeunesse qu’ils m’ont fait découvrir ! De belles histoires pleines d’humour, des illustrations épatantes, des BD sans paroles (dont l’intégrale des « Petit Poilu » !), des livres pop-up, des imagiers interactifs ou surprenants… Bref, une panoplie de livres divers qu’ il faut absolument que je chronique en 2016 ! J’ai aussi adoré me plonger dans la lecture de romans jeunesse pour enfants sachant bien lire et adolescents, j’ai pu ainsi offrir de belles histoires à mes nièces et filleuls et leur conseiller quelques lectures intéressantes !

Petite liste de mes coups de coeur en 2015 :

La série la plus décapante : « La trilogie des Neshov » d’Anne B. Ragde, éditions 10/18, 2013.

La meilleure ambiance : « Amours  » de Leonor de Recondo, Sabine Wespieser éditeur, 2015.

Le meilleur premier roman : « Je me suis tue » de Mathieu Menegaux, Grasset, 2015.

Le plus historico-érotique : « Héloïse, ouille !  » de Jean Teulé, Julliard, 2015.

Le plus poignant : « Bilqiss » de Saphia Azzeddine, Stock, 2015.

Le meilleur suisse : « Monsieur K » de Marc Michel-Amadry, Editions Héloïse d’Ormesson, 2015.

Le plus lumineux : « Otages intimes » de Jeanne Benameur, Actes Sud, 2015.

Le plus déjanté : « Quand le diable sortit de la salle de bains » de Sophie Divry, Les éditions Noir sur Blanc, 2015. 

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« Juste avant l’oubli » d’Alice Zeniter

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Quand le conducteur arrêta le petit bateau, à l’endroit exact  où le jeune MacPhee avait accosté deux siècles et demi plus tôt, Franck sentit que son agitation confinait à la panique. Il fit dangereusement tanguer l’embarcation en se levant pour faire signe à Emilie qui l’attendait sur la plage. Il posa le pied sur la jetée de bois et le marin lui tendit ses sacs de voyage. Franck les prit sans penser à remercier, son attention tout entière tournée vers la mince silhouette d’Emilie, à quelques dizaines de mètres. Le bateau repartit aussitôt, dans le bruit sec et irritant du moteur.

En avançant sur l’embarcadère, Franck regarda sans réellement les voir les falaises disposées en cuvette autour de la plage de sable blanc et le petit escalier qui menait à leur sommet. La mer était calme. Protégée par la géographie du lieu, elle clapotait sous les pieds, d’un gris sombre qui tirait sur le vert. Franck aperçut du coin de l’oeil un grand homme roux assis près d’une rangée de barques rongées par le sel. Il lui tournait le dos et n’avait réagi ni à l’arrivée ni au départ du bateau. La présence sur l’ile d’un autre être humain le surprit, le choqua presque. La vie de l’homme roux lui parut d’une force étonnante, comme si elle exhalait ses effluves jusqu’à lui à la manière des parfums capiteux.

Ces quelques lignes présentent bien le livre d’Alice Zeniter. Le couple qui se retrouve sur cette île, Franck et Emilie, est à un tournant. Franck, infirmier, aimerait avoir un enfant avec Emilie. Celle-ci a choisi de se consacrer à une thèse. Leur venue sur cette île est liée à la passion d’Emilie pour Galwin Donnell, un écrivain célèbre de polar qui a vécu ces dernières années sur cette île austère de Mirhalay, dans les Hébrides. Tous les trois ans, les spécialistes de Galwin Donnell se retrouvent là-bas pour des Journées d’étude consacrées au maître. Cette année, c’est Emilie qui organise ce séjour tout en commençant sa thèse sur les figures féminines dans l’oeuvre de Donnell.

Le séjour est peuplé d’imprévus, le couple de Franck et Emilie prend une direction nouvelle, le mystérieux habitant de l’île cache des secrets, les universitaires rivalisent entre eux. Franck ne se sent pas à sa place au milieu de ces intellectuels et se lie rapidement avec le gardien taciturne de l’île, Jock. En apprendra-t-il plus sur les raisons mystérieuses et non résolues de la disparition de Galdwin Donnell ?

Alice Zeniter a également commencé une thèse sur les figures féminines d’un auteur, thèse qu’elle n’a jamais terminée mais qui ne se consacrait pas à Galwin Donnell car celui-ci est le fruit de son imagination. Vous pouvez bien chercher, les citations, la bibliographie, l’article Wikipedia, tout n’est que pure invention. J’ai apprécié l’écriture d’Alice Zeniter qui a su faire de cette histoire d’amour un polar « littéraire » passionnant. L’ambiance insulaire donne de la dimension à l’angoisse, à la solitude ou au déchirement.

Ce livre a reçu le prix Renaudot des lycéens le 13 novembre 2015.

« Juste avant l’Oubli » d’Alice Zeniter, Albin Michel Flammarion, 2015. 

« Check-Point » de Jean-Christophe Rufin

Voilà encore un livre que je vous conseille de lire cet hiver ! Il est sorti ce printemps et je l’ai lu dans la foulée, par de chaudes journées de juin… Ce livre faisait partie de la première sélection du Prix des lecteurs de l’Hebdo. En fait, je l’avais commencé avant de savoir que j’avais la chance de faire partie du jury de ce prix littéraire. D’emblée, je dois avouer que je n’aurais jamais acheté ce livre à cause de son titre. Mais quelle erreur ! Je remercie la personne qui me l’a chaleureusement recommandé.

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Un convoi humanitaire composé d’une jeune femme et de quatre hommes part pour la Bosnie durant l’hiver 1995. Les deux camions vont apporter des vivres et des médicaments à Kakanj où la population s’est réfugié dans des mines. Très vite, l’entente peu cordiale entre les différents membres de l’équipage génère de grandes tensions qui mettent leurs nerfs à vif. Chacun a un caractère bien différent et il est difficile au départ de cerner la motivation de l’engagement de chacun.  Maud est la seule à avoir des aspirations idéalistes voire naïves, l’un ne pense qu’à fumer des joints, un autre observe les faits et gestes de chacun, deux membres se connaissent bien et semblent cacher quelque chose aux autres. On est loin de l’image de fraternité et de solidarité que peut dégager le terme « humanitaire ». Rapidement, le convoi va se séparer et on assistera à une course-poursuite entre les deux « équipes ». Mais pour quel enjeu ?

On se retrouve très vite dans un huis clos angoissant, confiné dans une cabine de 15 tonnes. L’atmosphère devient de plus en plus étouffante au fur et à mesure qu’une épaisse couche de neige recouvre le sol. La psychologie de chaque personnage est bien détaillée et tout au long du roman, on hésite à prendre partie pour l’une ou l’autre équipe. Un récit qui nous oblige à réfléchir au rôle de l’humanitaire dans les pays de guerre et aux réels besoins des populations touchées.  Un thriller psychologique efficace !

Un amie, lectrice régulière de Rufin, m’a dit avoir préféré « Rouge Brésil » et « L’ Abyssin », je vais donc naturellement les mettre en haut de ma pile de livres !

« Check-Point » de Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 2015.

« Le crime du comte Neville » d’Amélie Nothomb

L’année dernière, je me suis jurée de ne plus lire Amélie Nothomb. Ses deux précédents romans « Pétronille » et « La nostalgie heureuse »  m’avaient déçue. Après avoir entendu l’auteure à « La grande librairie »,  son nouveau roman m’a fait envie… Bien m’en a pris car j’ai passé un bon moment !  Il faut dire qu’il y a une dizaine d’années, j’attendais avec impatience la sortie de chaque nouveau roman, le jour J, je me précipitais dans la librairie la plus proche et je passais les heures suivantes (plutôt l’heure) à le dévorer. Puis, lassée, je n’en lisais un que de temps en temps, suivant sa disponibilité en bibliothèque…

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Le comte de Neville organise des réceptions comme personne d’autre mais celle de cette année sera la dernière, faute de ressources, sa famille est obligée de quitter le château. Il apprend par une voyante qu’il va tuer un invité lors de cette garden party. Mais qui ? et pourquoi ?

Je ne dévoilerais rien de plus car le livre n’est pas très long…

« Le crime du comte Neville » d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 2015.