« Là où naissent les nuages » d’Annelise Heurtier

Amélia, 16 ans, mène une existence tranquille à Paris. Ses parents sont beaux, riches et très occupés par leur carrière respective. Son père, médecin gastro-entérologue, et  sa mère, juge des affaires familiales, la choient et lui apportent beaucoup d’amour. Pourtant, la jeune fille se sent mal dans sa peau et compare son corps à ceux de Rubens. Elle vit une adolescence ingrate et compense son mal-être à coup de pâtisseries, biscuits et autres sucreries. Elle se déprécie d’autant plus qu’elle ne cesse de se comparer à ses parents, couple lumineux et brillant.

Un jour, sa mère reçoit une lettre de Mongolie. Plus jeune, celle-ci a travaillé dans une ONG pour aider les enfants des rues à Oulan-Bator. La famille décide de consacrer une partie des vacances pour cette cause humanitaire. Amélia n’est pas très enchantée et il lui faudra du temps pour accepter cette idée, d’autant plus qu’elle partira finalement seule en Mongolie; ses parents étant retenus par des obligations de travail.

Le changement est radical pour la jeune citadine. Elle découvre un pays aux grands espaces, mais aussi la pauvreté et le dénuement des enfants dans les rues. Très vite, elle n’aura plus le temps de penser à ses soucis d’adolescente parisienne et fera preuve d’empathie à l’égard des personnes qu’elle croise.

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J’ai aimé ce roman qui m’a fait voyager dans un pays qui me fait rêver depuis toujours et que j’espère visiter un jour… et même si je rêve de steppes immenses, pourquoi ne pas le visiter à la manière d’Amélia, au travers d’une ONG… Se rendre compte du désarroi d’une population et en particulier de ses enfants, contribue à relativiser nos soucis d’Occidentaux consommateurs. Ce message sera peut-être mieux compris par le biais de la lecture d’un livre comme celui-ci que par les remarques de parents désabusés…

Je trouve la couverture du livre très belle et le contraste entre Paris et la Mongolie bien imaginé…

« Là où naissent les nuages » d’Annelise Heurtier, Casterman, 2014. 

Un format poche est sorti ce printemps.

Ce livre a reçu le prix RTS Littérature Ados 2015.

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« Juste avant l’oubli » d’Alice Zeniter

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Quand le conducteur arrêta le petit bateau, à l’endroit exact  où le jeune MacPhee avait accosté deux siècles et demi plus tôt, Franck sentit que son agitation confinait à la panique. Il fit dangereusement tanguer l’embarcation en se levant pour faire signe à Emilie qui l’attendait sur la plage. Il posa le pied sur la jetée de bois et le marin lui tendit ses sacs de voyage. Franck les prit sans penser à remercier, son attention tout entière tournée vers la mince silhouette d’Emilie, à quelques dizaines de mètres. Le bateau repartit aussitôt, dans le bruit sec et irritant du moteur.

En avançant sur l’embarcadère, Franck regarda sans réellement les voir les falaises disposées en cuvette autour de la plage de sable blanc et le petit escalier qui menait à leur sommet. La mer était calme. Protégée par la géographie du lieu, elle clapotait sous les pieds, d’un gris sombre qui tirait sur le vert. Franck aperçut du coin de l’oeil un grand homme roux assis près d’une rangée de barques rongées par le sel. Il lui tournait le dos et n’avait réagi ni à l’arrivée ni au départ du bateau. La présence sur l’ile d’un autre être humain le surprit, le choqua presque. La vie de l’homme roux lui parut d’une force étonnante, comme si elle exhalait ses effluves jusqu’à lui à la manière des parfums capiteux.

Ces quelques lignes présentent bien le livre d’Alice Zeniter. Le couple qui se retrouve sur cette île, Franck et Emilie, est à un tournant. Franck, infirmier, aimerait avoir un enfant avec Emilie. Celle-ci a choisi de se consacrer à une thèse. Leur venue sur cette île est liée à la passion d’Emilie pour Galwin Donnell, un écrivain célèbre de polar qui a vécu ces dernières années sur cette île austère de Mirhalay, dans les Hébrides. Tous les trois ans, les spécialistes de Galwin Donnell se retrouvent là-bas pour des Journées d’étude consacrées au maître. Cette année, c’est Emilie qui organise ce séjour tout en commençant sa thèse sur les figures féminines dans l’oeuvre de Donnell.

Le séjour est peuplé d’imprévus, le couple de Franck et Emilie prend une direction nouvelle, le mystérieux habitant de l’île cache des secrets, les universitaires rivalisent entre eux. Franck ne se sent pas à sa place au milieu de ces intellectuels et se lie rapidement avec le gardien taciturne de l’île, Jock. En apprendra-t-il plus sur les raisons mystérieuses et non résolues de la disparition de Galdwin Donnell ?

Alice Zeniter a également commencé une thèse sur les figures féminines d’un auteur, thèse qu’elle n’a jamais terminée mais qui ne se consacrait pas à Galwin Donnell car celui-ci est le fruit de son imagination. Vous pouvez bien chercher, les citations, la bibliographie, l’article Wikipedia, tout n’est que pure invention. J’ai apprécié l’écriture d’Alice Zeniter qui a su faire de cette histoire d’amour un polar « littéraire » passionnant. L’ambiance insulaire donne de la dimension à l’angoisse, à la solitude ou au déchirement.

Ce livre a reçu le prix Renaudot des lycéens le 13 novembre 2015.

« Juste avant l’Oubli » d’Alice Zeniter, Albin Michel Flammarion, 2015. 

« Paul à Québec » de Michel Rabagliati

C’est dans une émission radiophonique (il me semble que c’était « La librairie francophone ») que j’ai entendu parler de cette série (Paul à la campagne, Paul a un travail d’été, Paul dans le métro, Paul à la pêche…). J’ai tout de suite été séduite et je me suis vite procuré deux albums. Cet automne, un film tiré de la BD « Paul à Québec » est sorti au Canada…

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C’est l’histoire de Paul et de sa belle-famille, les Beaulieu. Son épouse, Lucie a deux soeurs, Monique et Suzanne qui aiment se retrouver en famille chez les parents Roland et Lisette. C’est toujours de joyeuses retrouvailles animées par les petits-enfants, enfants et grands-parents. Un matin en allant aux WC, Paul surprend son beau-père en train de s’habiller et remarque qu’il a comme un tatouage sur le bas-ventre. En rentrant, son épouse lui dit son étonnement de recevoir 1000$ de son père. Ce n’est que quelque temps plus tard que Lucie apprend par Suzanne que leur père a un cancer de la prostate et qu’il garde ça pour lui. Le tatouage et le gros billet prennent alors tout leur sens.

Cette BD raconte très justement les moments difficiles de la maladie à ses différentes étapes, elle n’épargne pas le lecteur avec les choix à faire en fin de vie. Chaque membre de la famille réagit différemment et la façon de vivre la mort de son grand-père par Rose est très touchante.

Une belle leçon de vie qui célèbre la manière de dire adieu à ceux qu’on aime… Un livre touchant et émouvant qui raconte simplement la vie.

C’est très amusant car je lis cette BD avec l’accent du Québec quand je lis dans ma tête mais je serais bien incapable de reproduire ces charmantes intonations à voix haute. Les expressions typiques aident aussi à se sentir au coeur du Québec et me rappellent un voyage lointain :

Tire la plogue, on le rebranchera demain !  »

Paul ? Viens-tu marcher avec nous autres ?

Te cherches-tu une jobine ? Livrer des commandes en bicycle, ça te tente-tu ?…

Je suis certaine qu’avec ces quelques exemples vous êtes déjà sous le charme des québécois… J’ai aussi lu « Paul au parc », le style est aussi sympa, par contre j’ai été moins attirée par le thème principal : le scoutisme…

« Paul à Québec » de Michel Rabagliati, La Pastèque, 2009.

« La moufle » conte traditionnel russe

Quoi de plus normal en ce premier jour de décembre que de vous présenter un conte qui parle de moufle ? Vous connaissez certainement ce conte en randonnée tiré d’un conte traditionnel russe. Il en existe de multiples versions avec des fins différentes. J’aime bien ce type d’histoires car elles permettent de capter l’attention des plus petits par leur caractère répétitif et énumératif. Nous lisons régulièrement deux versions assez différentes à la maison :

C’est l’histoire d’une moufle tombée sur le chemin. Une souris passe par là et trouve la cachette amusante. Elle est suivie par le lapin, le renard… combien pourront tenir au chaud dans la moufle ?

Dans l’édition de Didier Jeunesse, c’est le plus gros animal qui fait craquer la moufle. Les illustrations sont très belles et le texte est un régal de bruitages et de paroles mélodieuses à lire à voix haute.

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Vous pouvez même écouter l’histoire racontée par l’auteure : ici

Et entendre les enfants de « La tête dans les histoires » raconter l’histoire : ici

Dans l’album collectif de Fleurus, l’ours prend presque toute la place dans la moufle et c’est la minuscule fourmi qui fait craquer les coutures !

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« La moufle » de Florence Desnouveaux et Cécile Hudrisier, Didier Jeunesse, 2009.

« Merveilles de Noël », d’Annette Marnat, Marie Flusin et Sophie de Mullenheim,  Fleurus, 2014.