« Chemins toxiques » de Louis Sachar

Tamaya et Marshall parcourent quotidiennement les 3 kilomètres qui séparent leurs maisons respectives de leur collège privé ensemble. Les deux adolescents aiment  l’école et sont appréciés de leurs camarades. Jusqu’à ce que l’arrivée d’un nouvel élève change la donne. Chad, bad-boy de l’école, prend pour cible de ses railleries le pauvre Marshall. Afin d’éviter une nouvelle confrontation, celui-ci propose à son amie Tamaya d’emprunter un raccourci pour rentrer chez eux en passant par la forêt. Malheureusement, les deux adolescents égarés sont retrouvés par Chad qui les a suivis dans la forêt. Pour s’en débarrasser, Tamaya jette une poignée de boue dans sa figure.

Peu après son retour à la maison, Tamaya développe un urticaire contagieux. Elle comprend avant tout le monde que cet urticaire est dangereux et est à mettre en rapport avec la boue. Elle se met alors  en tête de retrouver Chad qui a disparu et n’est pas rentré de leur « escapade » en forêt. Plus tard, c’est au tour de Marshall de disparaître. Mais quel rapport avec la boue ?

A une cinquantaine de kilomètres de l’école se trouve une ferme où un savant a développé la Biolène, une énergie propre. En fait, il s’agit d’une moisissure qui se développe dans la boue. En modifiant son ADN, il a créé un micro-organisme capable de remplacer le carburant traditionnel. Mais la substance subit une mutation et seules des températures proches du zéro permettent son éradication… Entre-temps, une véritable épidémie s’est déclarée et la région est mise en quarantaine.

Véritable thriller écologique, l’auteur alterne les passages narrant l’aventure des adolescents et les auditions secrètes de la Commission de l’énergie et de l’environnement. Cette succession de chapitres courts fait augmenter le suspense et multiplier les hypothèses. L’adversité permettra aux trois adolescents de tomber les masques et de mieux se comprendre.

« Chemins toxiques » de Louis Sachar, Gallimard Jeunesse, 2016. 

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« Aussi loin que possible » d’Eric Pessan

C’est une histoire d’amitié entre deux adolescents, deux potes qui rigolent et passent de bons moments ensemble. Antoine et Tony partent comme tous les jours au collège. Ce matin-là, ils jettent leurs sacs dans un buisson puis s’élancent dans une course effrénée.

…c’était un jeu.

Une compétition entre nous deux.

On voulait savoir.

Lequel allait craquer en premier, lequel allait s’essoufler, lequel allait renoncer.

 

Mais leur course ne s’arrête pas, ils quittent le quartier, la banlieue, la ville. Ils continuent toujours, sans trop savoir pourquoi. Ce qui était au départ uniquement un jeu, un défi pour se mesurer l’un à l’autre, se transforme en véritable revendication.  Au fil de leur périple, Antoine, le narrateur, nous parle de leurs soucis. Pour Tony, c’est la crainte d’être expulsé avec sa famille vers l’Ukraine qu’il ne connaît pas, pour lui, ce sont les gifles de son père. Finalement, les deux adolescents courent durant une semaine après avoir parcouru 324 kilomètres… la presse les nommera les fugueurs marathoniens.

Ce court roman de 138 pages se lit d’une traite, sans perdre haleine, comme dans une course d’endurance. En lisant, on a vraiment l’impression de courir avec ces deux garçons. J’ai apprécié le changement qui s’opère au cours de leur périple : un simple jeu qui devient une cause sociale et qui se transforme en enjeu politique. Car finalement, c’est bien une analyse de la société que nous livre le narrateur en nous offrant son regard critique et ses réflexions pertinentes. Un roman d’apprentissage qui pose des questions essentielles et qui permettra d’ouvrir de belles discussions avec des adolescents.

« Aussi loin que possible » d’Eric Pessan, Ecole des Loisirs, collection Medium, 2015.

« Ne t’inquiète pas pour moi » d’Alice Kuipers

Quelques jours après le 8 mars, je vous propose une lecture dédiée à toutes les mères, femmes, et filles.

Une maman et sa fille se croisent et correspondent par Post-it sur le frigo. Soucis domestiques, courses, ménage, argent de poche… mais aussi maladie de la mère, premier amour, disputes…

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Avec subtilité, Alice Kuipers aborde l’adolescence, la relation mère-fille, le divorce, la maladie, le stress quotidien… Lecture touchante et émouvante qui nous fait comprendre la fragilité de la vie et l’importance de ceux qu’on aime.

J’ai lu d’une traite ce petit roman (une grosse demi-heure). La construction est originale puisqu’elle reprend le style Post-it. Il y a des pages avec 3 lignes ou avec 15 lignes. La mère n’arrive pas à annoncer la gravité de sa maladie à sa fille, elle est plus à l’aise avec les petits mots échangés qu’avec la parole et sa fille peine à saisir tous les enjeux de la maladie. J’aurais aimé une rupture du style à un moment donné du livre (une conversation par exemple). J’ai trouvé agaçant à la fin du livre, quand il y a beaucoup d’émotions, que la correspondance continue sans discussion.

« Ne t’inquiète pas pour moi » d’Alice Kuipers, Albin Michel Jeunesse, 2008.

« Là où naissent les nuages » d’Annelise Heurtier

Amélia, 16 ans, mène une existence tranquille à Paris. Ses parents sont beaux, riches et très occupés par leur carrière respective. Son père, médecin gastro-entérologue, et  sa mère, juge des affaires familiales, la choient et lui apportent beaucoup d’amour. Pourtant, la jeune fille se sent mal dans sa peau et compare son corps à ceux de Rubens. Elle vit une adolescence ingrate et compense son mal-être à coup de pâtisseries, biscuits et autres sucreries. Elle se déprécie d’autant plus qu’elle ne cesse de se comparer à ses parents, couple lumineux et brillant.

Un jour, sa mère reçoit une lettre de Mongolie. Plus jeune, celle-ci a travaillé dans une ONG pour aider les enfants des rues à Oulan-Bator. La famille décide de consacrer une partie des vacances pour cette cause humanitaire. Amélia n’est pas très enchantée et il lui faudra du temps pour accepter cette idée, d’autant plus qu’elle partira finalement seule en Mongolie; ses parents étant retenus par des obligations de travail.

Le changement est radical pour la jeune citadine. Elle découvre un pays aux grands espaces, mais aussi la pauvreté et le dénuement des enfants dans les rues. Très vite, elle n’aura plus le temps de penser à ses soucis d’adolescente parisienne et fera preuve d’empathie à l’égard des personnes qu’elle croise.

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J’ai aimé ce roman qui m’a fait voyager dans un pays qui me fait rêver depuis toujours et que j’espère visiter un jour… et même si je rêve de steppes immenses, pourquoi ne pas le visiter à la manière d’Amélia, au travers d’une ONG… Se rendre compte du désarroi d’une population et en particulier de ses enfants, contribue à relativiser nos soucis d’Occidentaux consommateurs. Ce message sera peut-être mieux compris par le biais de la lecture d’un livre comme celui-ci que par les remarques de parents désabusés…

Je trouve la couverture du livre très belle et le contraste entre Paris et la Mongolie bien imaginé…

« Là où naissent les nuages » d’Annelise Heurtier, Casterman, 2014. 

Un format poche est sorti ce printemps.

Ce livre a reçu le prix RTS Littérature Ados 2015.

« Quatre soeurs » de Malika Ferdjoukh … et Cati Baur

Ce printemps, j’ai découvert une BD que j’ai adorée, tirée de la série de livres de Malika Ferdjoukh  « Quatre soeurs ». Adolescente, j’aurais adoré lire cette tétralogie, mais je n’ai pas pour autant boudé mon plaisir devenue adulte.  Je ne peux donc que conseiller cette série sous le format roman ou BD à un large public. Bon à savoir : en 2010, l’Ecole des Loisirs a réuni en un seul volume les 4 tomes de la série.

malika-ferdjoukh-cati-baur-quatre-soeurs-enid-rue-de-sevres-381x500« Quatre soeurs » c’est l’histoire des cinq filles Verdelaine, orphelines suite à un accident de voiture. Elles habitent une grande maison au bord de la falaise, la Vill’Hervé.  Au quotidien, elles sont chapeautées par la plus grande soeur, Charlie, 23 ans qui répare sans cesse cette vieille maison, éduque ses soeurs, bricole… Les autres ont chacune un caractère bien à elles : Geneviève, 16 ans, est la plus discrète et toutes pensent qu’elle fait du baby-sitting pendant qu’elle prend des cours de boxe thaïe ; Bettina, 14 ans traîne toujours longuement avec ses copines Denise et Béhotéguy dans la salle de bains;  Hortense 11 ans écrit son journal tout en rêvant de devenir comédienne et Enid, 9 ans, parle à l’écureuil et à la chauve-souris qui habitent le grand sycomore du jardin.

 

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Ces romans parlent de mort, de problèmes d’argent, de ruptures amoureuses, d’accident mais aussi d’adolescence, d’amour, d’amitié, d’entraide… Les ados se retrouveront assurément dans l’un ou l’autre personnage et les adultes se souviendront avec émotion qu’elles sont toutes un peu Enid, Hortense, Charlie, Geneviève ou Bettina.

Cette série m’a fait penser à la série de Janine Boissard : « L’esprit de famille ». Si le plaisir de la lecture est identique, les livres de Malika Ferdjoukh sont destinés à un public plus jeune.

« Quatre soeurs » de Malika Ferdjoukh, Ecole des Loisirs, 2010. 

« Quatre soeurs » Tome 1 Enid, Tome 2 Hortense, de Malika Ferdjoukh et Cati Baur, Rue de Sèvres, 2014.